Longtemps considérée comme un simple résidu de scierie, la sciure de bois est aujourd’hui devenue un maillon stratégique du chauffage en France. Derrière chaque sac de granulés de bois se cache en réalité une ressource discrète mais essentielle, dont les fluctuations influencent directement le portefeuille des consommateurs. Les dessous d’un marché sous tension permanente.

Une dépendance totale à la matière première

Le principe de fabrication des pellets est simple : de la sciure séchée, compressée et transformée en petits cylindres à haut pouvoir calorifique. Néanmoins, cette simplicité apparente masque une réalité économique plus complexe.

« Sans sciure, il n’y a pas de granulés », résume un professionnel du secteur. En moyenne, la matière première représente jusqu’à la moitié du coût de production d’un pellet. Une proportion qui grimpe en période de tension.

Quand la sciure se raréfie, les prix s’envolent

Depuis la crise énergétique de 2022, l’équilibre du marché a profondément été bouleversé.

Contrairement aux énergies fossiles, la sciure ne peut être produite indépendamment. Elle dépend directement : de l’activité des scieries, du volume de bois scié et du secteur de la construction. En effet, moins de construction c’est moins de sciage donc moins de sciure disponible.

Composition moyenne du prix :

Sciure (matière première) : de 30 à 50%

Transformation (séchage, compression) : de 25 à 35%

Transport/distribution : de 20 à 30 %

En période de tension la sciure peut représenter jusqu’à 50%du prix final.

Entre 2023 et 2025, le ralentissement du bâtiment en France a contribué à limiter l’offre, malgré la baisse de la demande en pellet. Il en résulte une dispute des fabricants pour la ressource, les prix de la sciure augmentent et mécaniquement ceux des pellets suivent. Dans certains cas, les industriels ont même dû se tourner vers du bois brut, bien plus coûteux, pour maintenir leur production. Une situation qui a contribué à la flambée des prix observée ces dernières années.

Un marché pris en étau

Le marché de la sciure ne dépend pas uniquement du chauffage. Il est aussi étroitement lié à d’autres secteurs : l’industrie des panneaux de bois, l’agriculture (litières animales) et la construction.

Cette concurrence entre usages accentue les tensions. « C’est un effet domino : quand l’activité des scieries baisse, toute la filière est impactée » explique un analyste.

Il existe un cercle d’influence bidirectionnel :

  • CAS 1 : Hausse du pellet
  • Forte demande de chauffage

→ Besoin de plus de sciure

→ Prix de la sciure monte

  • CAS 2 : Manque de sciure
  • Production limitée

→ Coût de fabrication augmente

→ Pellet plus cher

Les deux marchés sont totalement interdépendants

Exemple chiffré simplifié

Situation :

  • Marché normal

Prix sciure 50€/t coût matière pellet environ 100€ prix pellet environ 350€/t

  • Marché tendu

Prix sciure 80€/t coût matière pellet environ 160€ prix pellet environ 450€/t

Une accalmie fragile en 2026

Après les turbulences, le marché semble retrouver un certain équilibre en 2026. Les prix des pellets se stabilisent, portés par une meilleure organisation de la filière et une production accrue.

Mais cette accalmie reste fragile.

La demande en chauffage au bois continue de progresser, tandis que la ressource, elle, demeure limitée. Le moindre déséquilibre tel qu’un hiver rigoureux ou des tensions logistiques pourrait à nouveau faire grimper les prix. Le marché reste hautement sensible aux chocs externes.

Une ressource stratégique pour l’avenir

Au-delà des fluctuations conjoncturelles, une tendance de fond se dessine : la sciure est devenue une ressource stratégique dans la transition énergétique. Autrefois négligée, elle est désormais au cœur d’un système où chaque tonne compte. Et dans ce marché étroitement imbriqué, une chose est certaine : Le prix du pellet ne se joue pas seulement dans les usines…mais bien dès la sortie des scieries.